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Le caillou dans la chaussure

15 août 2009

Le capitalisme est un pessimisme

Le capitalisme [1] postule, en effet, que l’homme est fondamentalement mauvais et que c’est en exploitant (je trouve que ce terme est particulièrement bien à sa place ici) le pire de chacun de nous que l’on peut construire le moins pire des systèmes. Mais ses théoriciens se leurrent. C’est dans la joie et la bonne humeur que tous se fourrent le doigt dans l’œil jusqu’au coude. D’autant qu’ils épaississent encore la sauce avec l’absence d’alternative.

Evidemment Rousseau s’est trompé. L’homme n’est pas naturellement bon. D’ailleurs il est fort probable que ce soit de son plein gré qu’il se soit fourvoyé sur les pentes glissantes de la facilité. Cela l’arrangeait bien et simplifiait son raisonnement, lui permettant d’arriver prestement à sa conclusion qu’il avait sans doute en tête dès le départ. Mais si tous les raccourcis sont bien des chemins, certains s’avèrent plus dangereux que d’autres. Ils ne sont pas tous bon à prendre.

L’homme n’est ni naturellement bon, ni inéluctablement mauvais. L’homme est contradictoire. En chacun de nous on trouve, très inégalement répartis certes, de l’altruisme et l’égoïsme, de la cupidité et de la générosité, de la bêtise et de l’intelligence, de l’envie de commettre le mal et du désir de faire le bien, … Souvent, l’homme se conduit en réagissant à son environnement en fonction de critères multiples et bien rarement, il se limite à son seul intérêt financier. La plupart de nos actions et de nos réactions peuvent fluctuer simplement en fonction de notre humeur, mais aussi du lieu, des conditions, des personnes concernées, des affects que l’on peut avoir vis-à-vis de ces personnes, voire même vis-à-vis de certains objets, … Bien des aspects de notre comportement nous échappent et il faut bien se connaître et bien connaître les autres avant que d’en saisir tous les arcanes. Même le don, qui apparaît pourtant comme l’antithèse naturelle de l’intérêt financier égoïste, n’est au fond pas un acte aussi désintéressé qu’il veut bien paraître. Tout cadeau engage celui qui le reçoit et nous en sommes au fond conscients. Cela ne signifie nullement que nous donnons uniquement par intérêt, mais simplement que nous savons que quelque chose d’autre se passe autour de cette action.

En dépit des tentatives de simplification des théoriciens en tout genre, souvent l’homme varie, donc. Il n’est pas faible au point de devoir toujours céder à la pire des tentations. Et il n’est pas non plus toujours capable de contrôler ses pulsions. Pour autant, il n’est pas incapable de s’élever dans sa condition. Il ne s’agit pas de montrer indécrottablement optimiste et de voir l’homme plus beau qu’il n’est. Il s’agit juste d’essayer de prendre en compte ses qualités et ses défauts qui font de lui un être complexe car toute tentative de simplification se heurtera tôt ou tard à la réalité. Que cette tentative soit le pessimiste capitalisme ou l’optimiste communisme.

Il s’agit aussi de tenter ensemble d’améliorer le sort qui nous est fait dans le système qui tente de s’imposer à nous comme inévitable. Pour cela nous devons abandonner tous les filtres, roses ou gris, qui faussent notre vision, cesser de capituler devant le sempiternel TINA [2] et nous appuyer sur toutes les expériences positives comme négatives, avec pragmatisme, en particulier celles des groupes humains qui tentent se frayer un chemin à travers la jungle vers une société qui n’érige pas en paradigme de l’humanité les pires valeurs possibles. Ces expériences se doivent de respecter les individus et leurs libertés. C’est seulement ainsi que nous pourrons offrir un modèle différent, un modèle encore inconnu, qui se construira à tâtons, pas à pas, qui n’est pas un idéal constitué mais à constituer, un idéal forcément inaccessible mais vers lequel rien ne nous empêche de tendre si nous en avons la volonté. Rien sauf la brutalité du capitalisme qui refusera de toutes ses forces de disparaître et tentera très naturellement de phagocyter les voies alternatives.

Il ne faut rien lâcher car là est la seule voie vers le moins pire des systèmes.


Notes
[1] Ami lecteur, je te laisse libre de remplacer ce terme par libéralisme ou néo-libéralisme, qui sont plus à la mode. Mais d’une part, je n’aime pas les modes et d’autre part, j’ai souvent bien du mal à saisir la nuance. Et puis sur le fond, les trois sont si proches que je pense que ma réflexion peut s’appliquer indifféremment à l’une ou l’autre de ces théories.
[2] There Is No Alternative (formule chère à la mère Thatcher).

2 commentaires :

  • Excellent article,un tant si peu cynique, mais vrai pourtant.

    Seulement devons-nous régarder autour pour voir que l'intérieur de l'homme est complexe. Quoi pousse l'homme s'ériger en juge de son semblable? Son coté mauvais ou son coté bon? Parce qu'il peut bien être l'un ou l'autre.

    Et comme vous très bien le dites, cette condition est exploitée para le Capitalisme, l'ultra-Capitalisme.

    Par Blogger Jose17/8/09 08:43  

  • En grande forme verbale...

    Par Blogger Sabine20/8/09 21:27  

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