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Le caillou dans la chaussure

11 octobre 2005

Papa n’a plus 40 ans

Papa a 40 ans.
Hier, j’ai observé mon père avec un regard un peu moins transparent que d’habitude[1] et je l’ai trouvé vieilli. Ses cheveux sont tous blancs, ses joues sont creuses, son corps semble s’être un peu ramolli et son allure générale s’est un peu affaissée. Sa force et sa vigueur s’écoulent hors de lui comme le sable glisse dans le sablier, lentement mais inexorablement.
Papa avait 40 ans.
Quand j’étais enfant, la première fois que je me suis intéressé à l’âge de mon père, il avait 40 ans. Et pour moi, il a toujours eu 40 ans. Hier donc, lorsque je l’ai observé avec attention, j’ai réalisé qu’il avait maintenant l’âge qu’avait mon grand-père quand mon père avait 40 ans.
Depuis, mon grand-père a disparu, mon père a pris sa place et moi, je suis enfin devenu père. Tout cela le temps de cligner des yeux lentement, très lentement, au ralenti, une seule fois, pendant trente années.
Juste le temps de cligner des yeux et Papa n’a plus 40 ans.


Notes
[1] C'est que je n'aime pas beaucoup m'attacher aux apparences et quand je le fais, c'est toujours un peu malgré moi.

10 commentaires :

  • Fais gaffe, encore un clignement d'oeil, et tu as un pied dans la tombe et l'autre qui glisse!

    C'est le cycle de vie, appréciable quand on est dans la génération qui pousse, angoissante quand tu es dans la génération qui est en sandwich entre les 2 autres... et pour ce qui est de la dernière phase... bientôt, forcément plus vite qu'on ne le croit.

    Par Anonymous Le Monolecte11/10/05 23:14  

  • Clignement d'oeil = danger ?
    Tu as raison, je devrais peut-être me faire "installer" ces écarteurs de paupières dont était équipé Alex dans Orange Mécanique... mais il paraît que c'est un peu douloureux.
    C'était surtout une manière de dire que le temps, parfois, nous file entre les doigts (ou devant les yeux) sans même que l'on s'en rende compte. Et quand on réalise, on ne peut que constater... les dégâts (?), en espérant qu'il n'est encore trop tard pour rien.

    Par Blogger sol12/10/05 08:41  

  • Comme dirait le petit postier suisse : tout est relatif.

    Te souviens-tu à quel point chaque seconde était interminable qiand tu étais enfant? Combien s'étiraient les jours alors que tu attendais forcément quelque chose : les vacances, la rentrée, ton anniversaire, Noël, ou juste grandir?

    Mon rapport au temps s'est comprimé brusquement avec l'arrivée de ma fille. Je me retrouve dans une course perpétuelle contre la montre, où il manque toujours 80 secondes à une minute, où plus tu te presses, moins tu y arrives!

    Affreux!

    Par Anonymous Le Monolecte12/10/05 12:48  

  • Le petit postier suisse ?? Je ne vois pas.

    C'est vrai qu'enfant, je disposais de beaucoup de temps pour m'ennuyer, et le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'est plus vraiment le cas. Mais les enfants subissent l'emploi du temps de leurs parents, bien souvent, quand ce n'est pas celui de l'école ou d'ailleurs, et passent beaucoup de temps à attendre, forcément.
    Ceci dit, maintenant, nous avons le sentiment, plus que la possibilité, de décider de notre emploi du temps, sinon, le temps ne serait pas une denrée si rare.

    Par Blogger sol12/10/05 14:34  

  • Mais si, un tout ébouriffé qui passait son temps à parler de relativité....

    La relativité, c'est une question de point de vue, comme il l'explique si bien.
    Le temps s'allonge selon ta position en tant qu'observateur. c'est parce que tu es enfant et impatient, avide de découvrir, que le temps te paraît si long. Mais à nos âges, on attend déjà moins de la vie. Du coup, on est nettement moins impatients : les journées font toujours 24 heures, c'est nous qui avons le sentiment qu'elles passent plus vite.
    Alors, quand nous seront vieux et habités de regrets, tétanisés par notre propre finalité, je n'ose imaginer à quel point la danse du temps se sera emballée...

    Par Anonymous Le Monolecte12/10/05 21:38  

  • Ok, pour l'ébouriffé, je vois bien. En fait je voyais "relativement" bien déjà mais le postier demeure un mystère.
    Je suis tout à fait d'accord avec toi sur la variation de la perception des choses en fonction de la position.
    C'est d'ailleurs un peu ce que je voudrais essayer de faire avec ce blog. Me placer ailleurs, où l'on ne nous attend pas, où nous n'avons pas l'habitude d'aller, et essayer de proposer parfois un point de vue un peu décalé, un peu dérangeant, qui tente de faire réfléchir ou de toucher.
    Pour ce qui est de moins attendre de la vie, c'est forcé, nous avons changé mais, heureusement, il nous reste encore (en tout cas, j'espère que c'est vrai aussi pour toi) des envies, des désirs, des espoirs qui d'un certain point de vue savent encore nous rendre parfois impatients. Notre âme d'enfant ne s'est pas encore totalement diluée dans le monde du réel.

    Par Blogger sol13/10/05 09:19  

  • Albert E. était un citoyen suisse peu prometteur, limite boulet. Il n'a parlé qu'à 7ans, au grand désespoir de ses parents et la poste suisse a été bien sympa de prendre un bras cassé pareil dans ces effectifs... (parents, courage, rien n'est joué avant 60 ans pour vos enfants ;-))

    "Méfiez-vous des évidences!" : c'était mon premier cours de sociologie à la fac (et oui, j'ai traîné mes guêtres dans ce repaire de feignasses au long cours, qui apprennent à réfléchir et douter de tout, plutôt que de s'investir dans une saine formation professionnelle!) et c'est ce que je fait, dès que je le peux dans mon blog!

    Par Anonymous Le Monolecte14/10/05 09:39  

  • Euh... moi-même je n'ai parlé que "pas très tôt" et mon fils de deux ans a un language de moins de dix syllabes ! Comme tu dis, gardons l'espoir... pour lui comme pour moi! ;-)

    Cette faculté de douter et de s'interroger sans se fier aux apparences, c'est sans doute une chose que beaucoup de lecteurs, comme moi, apprécient dans ton blog.

    A part ça, entre la formation professionnelle foireuse et le fait que tu portes des guêtres, m'étonne pas que tu aies eu du mal à te faire embaucher ! ;-)

    Par Blogger sol14/10/05 11:57  

  • Moi j'ai parlé très tôt et vraiment bien, idem pour mon fils encore mieux. Mais je ne m'en suis pas encore servie socialement parlant. Comme quoi ! De 2 ex, le petit postier suisse, et maillecelfe (pour presque copier qui on sait), précoces ou pas, que pour tous rien ne se joue avant 60 ans va devenir ma nouvelle devise. à 60 ans, je changerai de 10aine et ceci tous les 9 ans, jusqu'à la centaine.
    Quant à mon rapport au temps, il cesse d'être une pression, lorsque je sais que ce qui me meut et toutes mes cellules avec, se trouve concrétisé face à moi, en moi, et tout autour. Qu'est-ce que je cherche dans le regard de l'autre ? : ma part d'humanité (c'est pas de moi mais je la reprends à mon compte). L'autre, ça peut être un(e) autre, un enfant, un arbre, le vent, l'odeur de la mer, une conversation fortuite, mon oreiller, et moi expérimentant un corps qui n'a plus non plus 40 ans, mais qui n'a pourtant que l'âge que je lui donne.

    Par Blogger Sabine31/7/08 22:03  

  • La phrase exacte est : ce que je cherche dans le regard de l'autre, c'est ma part d'éternité.

    Par Blogger Sabine1/8/08 14:54  

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